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LES TISSUS DE L'ANCIEN PEROU

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Message par Admin le Lun 2 Juin - 2:07

LES TISSUS DE L'ANCIEN PEROU

Le tissage est apparu très tôt dans cette partie du monde, bien avant les premières céramiques.
Les textiles les plus anciens exhumés à ce jour, sur les sites de Guitarrero et de Callejon de Huaylas, au nord du Pérou, remontent en effet
aux environs de 8500 av.J.C. Ce sont des tissages de fibres végétales, encore assez rigides, qui précèdent les premiers tissus souples,
attestés à partir de 5700 av.J.C.

La région la plus riche d'enseignement en ce qui concerne l'histoire de l'art textile en Amérique Précolombienne est sans conteste la zone
côtière qui s'étend sur 1500km entre la frontière du Chili et du Pérou au Sud, et les alentours de Trujillo au Nord.
Parce qu'elle bénéficie d'un climat très sec, cette côte a livré des milliers de tissus, conservés dans le sol sablonneux où ils avaient été
enfouis avec les morts des différentes cultures qui se sont succédées sur les lieux.
Les premiers habitants de la côte ignorent encore le métier à tisser mais filent des fibres d'Agave et du Cton pour en confectionner des tissus aux motifs géométriques égayés par des dépôts de poudres colorées.
A cette phase initiale succède une éclipse de plus de 10 siècles correspondant à un déplacement des populations et à un abandon provisoire des terrains côtiers.
Lorsque la présence humaine est de nouveau attestée, d'importants changements sont survenus: l'homme connaît la céramique, sait cultiver le maïs et tire parti du coton mais aussi de la laine, qu'il tisse sur un métier rudimentaire mais riche d'infinies possibilités techniques.
La culture de Chavin (1200-400 av.J.C.), établie sur la côte nord, produit des cotons teints par ligatures ou ornés de végétaux et d'animaux peints, parmi lesquels apparaissent des félidés stylisés que l'on retrouve (les tissus voyagent) sur les étoffes brodées de la presqu'île de Paracas où s'épanouit entre 700 et 100av.J.C., une société qui accorde une place importante au fait militaire.
A Nazca (100av.-700apr.J.C.), les artsites utilisent toutes techniques avec une prédilection pour les tapisseries à décors géométriques, tandis que dans la région du lac Titicaca, la civilisation Tiahuanaco (600-900 apr.J.C.) réalise, outre des doubles étoffes et de précieux tissus enrichis de plumes, de fines tapisseries ornées de grecques* et animées de représentations humaines ou zoomorphes.
Les peuples côtiers des centres de Chimu, Chancay et Ica (1100-1400) fixent sur le tissu les oiseaux et les poissons qui peuplent leur univers quotidien, tandis que les textiles incas (1438-1530), par leur composition sagement organisée en damier, reflètent à leur manière la Société éprise d'ordre et fortement hiérarchisée dans laquelle ils ont été conçus.

Quels sont les matériaux de base dont dispose le tisserand?
A côté de la fibre d'agave, résistante mais peu souple et réservée aux étoffes grossières, figure en première place le Coton, cultivé dans les vallées dès 2500 av.J.C., tissé sous ses 2 formes, coton brun et coton blanc, la première étant la plus prisée parce qu'elle dispense l'ouvrier des opérations de teinture, particulièrement délicates en ce qui concerne cette fibre. Pour les parties colorées, l'emploi de la laine s'avère plus indiqué. Ce sont les camélidés andins qui la fournissent: le lama, dont les poils servent à tisser les étoffes courantes, à usage domestique, ainsi que l'alpaga et la vigogne dont le pelage plus fin et plus doux est réservé aux pièces de qualité supérieure.
Les ouvriers ont appris très tôt à produire des tissus combinant laine et coton.
Une fois filée, la fibre est teinte. La gamme de couleurs employées est extrêmement riche et la nature des colorants souvent difficile à établir sauf pour les 3 couleurs fondamentales: les bleus, dont les subtiles nuances supposent une connaissance approfondie des techniques de teintures à l'indigo; le rouge carmin, produit par la cochenille et enfin le jaune obtenu grâce à l'écorce du faux poivrier.
Les tisserands précolombiens savent tout faire, le plus compliqué comme le plus facile. Ils peuvent façonner des tapisseries à la trame étonnamment fine, souvent en laine de vigogne chaudement colorée.
Les tapisseries péruviennes sont remarquables pour leurs qualités de finition, l'artisan s'appliquant à dissimuler soigneusement dans l'épaisseur du tissu les extrémités du fil afin d'obtenir une pièce parfaite et rigoureusement identique des 2 côtés. On trouve des tissus à armure simple ou plus complexes comme les sergés, les lancés et les brochés. L'ouvrière sait aussi procéder au tissage simultané de 2 pièces superposées, de coloris différents, en croisant les fils des 2 trames et des 2 chaînes de façon à ce que les motifs se détachent en couleur inversée sur les 2 faces. Rythmées par la répétition des petits motifs identiques, ces doubles étoffes jouent sur des oppositions positif/négatif.

Pour la décoration des tissus, il serait trop long de détailler toutes les techniques auxquelles ont recouru les péruviens pour agrémenter leurs tissus.
Pompons, glands ou assemblages de poupées, galons, revêtements de petites plaques d'argent ou d'or cousues à l'étoffe...les procédés décoratifs les plus surprenants ont étés inventés, jusqu'à ces parures de plumes très prisées des Incas, que l'on composait depuis des temps reculés avec le plumage des plus beaux oiseaux d'Amazonie.
A la richesse des techniques répond la multiplicité des formes et des respirations insufflées à l'organisation du décor.
Chaque culture possède ses images de prédilection extraites de son propre panthéon ou inspirées par la faune locale, poissons, oiseaux, jaguars..., plus rarement par la flore.

Les vêtements ne sont pas taillés. Si l'on en croit certains indiens de l'actuelle Bolivie pour qui "couper un tissu c'est le faire mourir", il faudrait imputer ce fait à une ancienne croyance portant à voir dans le tissu un véritable être vivant. Les pièces qui tombent du métier sont donc prêtes à être portées ou cousues entre elles pour confectionner les différentes parties du costume: culotte, pagne, tunique et manteau pour l'homme; pour la femme simple robe nouée par une ceinture et couverte d'un manteau souvent très orn, bouclé sur le devant par une grosse épingle appelée tupu.
A ces éléments vestimentaires il faut ajouter les nombreux sacs servant à contenir la coca ou les effets personnels de leur possesseur, ainsi que les tentures murales et les linceuls. Certains de ces tissus funéraires découverts à Paracas étonnent par leurs dimensions impressionnantes --> jusqu'à 250m2! impliquant la continuité des fils de chaîne sur 100 à 180km de long!
Comment les tisserands ont-ils pu exécuter ces étoffes d'un seul tenant puisque les outils que nous leur connaissons n'autorisent pas ce type de travail?
Récemment, Henri Stierlin dans son livre Nazca, la clé du mystère , a proposé pour cette énigme une solution d'autant plus séduisante qu'elle résoud du même coup la question des célèbres pistes que l'on peut remarquer en survolant le territoire de Nazca et à propos desquelles a déjà coulé beaucoup d'encre.
selon H.Stierlin, les grandes figures qui se dessinent ça et là ont été ménagées par déblaiement afin de faciliter le stockage d'énormes quantités de fils, dévidées autour de petits piquets et pour permettre l'ourdissage de chaînes gigantesques.
Dans cette hypothèse, les dessins zoomorphes relevés sur le site (figures de singe, de chien, de pélican etc...) auraient joué un rôle magique et servi à placer sous les meilleurs auspices cette opération à caractère sacré que constituaient la fabrication d'immenses pièces de tissu à usage funéraire.
Il faut dire que d'une manière générale le tissu occupe une place à part dans la société précolombienne, surtout à l'époque incasique.
Les tissus ont d'abord une valeur économique évidente. Pour constituer les magasins d'Etat qui ont tant étonné les espagnols au moment de la conquête, l'Empire Inca dispose de tout un système rigoureusement organisé. La population doit acquitter l'impôt appelé "mi'ta" en travaillant les fibres fournies par les autorités et en produisant des étoffes collectées ensuite par l'Etat qui les thésaurise. Moyennant quoi les habitants ont droit à la laine et au coton, ou aux tissus nécessaires à leur consommation personnelle. Ce dispositif permet notamment de répondre aux besoins énormes de l'armée et de son intendance.
Les tissus ont ensuite une fonction sociale : leur qualité révèle le rang de leur utilisateur et les présents en vêtements servent aussi bien à favoriser les relations diplomatiques qu'à récompenser les services d'un soldat qui s'est bien battu ou dont on veut s'assurer la fidélité.
A l'inverse les ennemis morts ou vivants sont dépouillés de leurs habits.
Les dons d'étoffes marquent toutes les étappes importantes de la vie: naissance, rites d'initiation, mariage.
Apres quoi , les tissus accompagnent l'homme jusque dans la mort. Outre les linceuls, les tombes contiennent des réserves
qui doivent être complétées régulièrement, faute de quoi le défunt risque de revenir chercher auprès des vivants ce qui lui manque dans l'autre monde.
Souvent investis d'un caractère sacré, les tissus sont présents lors des cérémonies religieuses où ils constituent avec les lamas les principales offrandes destinées à être brulées.

Voilà brièvement évoqué le contexte que découvrent les espagnols quand ils entreprennent de faire tarvailler les populations indigènes pour répondre à leurs propres besoin en tissu. Ils organisent des ateliers dans chaque ville de la vice-royauté du Pérou et apprennent aux tisserands locaux à employer la laine de mouton, le lin, la soie et les fils métalliques pour confectionner des tissus d'ameublement ou des pièces liturgiques traités dans le goût espagnol et animés de motifs nouveaux : armoiries, aigle bicéphale des Habsbourg, couronnes et symboles chrétiens.
Sur le plan technique, ils introduisent le métier à pédale et favorisent certains procédés comme la tapisserie ou la broderie, au détriment des autres.
Au XVIII ème siècle, vient s'ajouter à cette influence occidentale celle de la Chine dont les soieries, débarquées des navires espagnols reliant les Philippines à Mexico, inspirent visiblement des tapisseries péruviennes à motifs orientaux.

Les traditions péruviennes, tant en ce qui concerne les techniques employées que les croyances relatives au domaine du tissé, ont pourtant subsisté jusqu'à nos jours.
En Bolivie, des pièces composées de bandes longitudinales parallèles, alternativement décorées ou unies, continuent d'être tissées selon l'ancienne méthode...
Bien sûr les motifs décoratifs différent de ceux de l'époque précolombienne et de nouveaux thèmes sont apparus qui ont reçu leur stylisation propre.
Un détail intéressant mérite d'être souligné. A certains endroits, les bandes décorées sont interrompues par une zone de flou coloré exactement à l'image de ce que l'on peut remarquer sur certains tissus anciens et sans qu'aucun impératif technique ne justifie cette curieuse pratique. Il s'agirait donc là d'une authentique survivance correspondant à des motivations plus ou moins formulées et dont la signification n'est plus clairement perçue. Une vieille Indienne interrogée sur les raisons de cet usage répond simplement : "C'est pour que le tissu ne soit pas parfait".

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Message par Nessscafe le Dim 8 Juin - 21:54

Décidément les pays d'Amérique du Sud sont toujours intéressants. Entre les mythes maya, incas et j'en passe et leurs histoires, leurs rites...
je repasserai le lire plus en détail ton cours.
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Message par madie5826 le Lun 23 Juin - 22:24

salut ton cours et super merci j'adore apprendre des choses sur les autre peuples par rapport au tissus merci

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Message par Admin le Dim 29 Juin - 19:56

Merci à vous deux les filles!! Very Happy
En tout cas ce n'est que le début, j'ai pas mal de cours qui méritent peut-être d'être publiés.
Au programme: pas mal de choses intéressantes, il faut que "j'épuche" mes cours et dossiers et ce n'est pas mince affaire mais ça va arriver!
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